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14 Sep

CHAMPIONNAT DE FRANCE DE DEMI-FOND SAMEDI 12 SEPTEMBRE 2020 : LE TOURNANT

Publié par Oscar de Ramassage  - Catégories :  #ACTUALITES FRANCE DEMI-FOND

LYON 2020 - UN TOURNANT

 

Une édition pas comme les autres que ce France 2020,  avec ce contexte pesant qui n'a pas favorisé les retrouvailles de la famille du demi-fond au vélodrome Georges Prévéral, c'est le moins que l'on puisse dire. Dans ces conditions, je tiens d'abord à rendre ici hommage aux fidèles et aux amoureux du demi-fond qui ont fait des centaines de kilomètres, en train ou en voiture , direction le Parc de la Tête d'Or. Et ils ont bien fait. Ils n'ont pas eu à regretter le voyage, car ce  millésime 2020 est de ceux qui feront date.

 

Dès 10 h 20, c'est sous un chaud soleil qui montera en puissance tout au long de la journée, que commencent les qualifications, inaugurées par un faux-départ.  Une fois les choses rentrées dans l'ordre, et dès la prise des entraîneurs, Joseph Berlin-Semon s'attachera à faire parler la poudre, tournant autour de ses adversaires à une allure vertigineuse. Le spectateur distrait aurait pu croire que l'on disputait là la finale, à voir le Bisontin mener si grand train, pour qui, pourquoi ? Cette démonstration de force n'affectait toutefois nullement Christopher Gamez et Kevin Fouache, bien décidé à faire le nécessaire, mais sous un mode minimal, objectif la finale. La quatrième place se dérobait aux efforts du néophyte Nicolas Verne, entreprenant en diable jusqu'au vingtième tour, à partir duquel le meilleur Guillaume Brasseur (celui de Bordeaux 2016) verrouillait sa qualification en père peinard. 

 

Première manche qualificative - 90 tours

  1. Joseph Berlin-Semon - entr. Marc Pacheco - les 30 kms  en 27' 8"10 - moy. 70.083km/h 
  2. Christopher Gamez - entr. Bernard Filiatre - à 4 t
  3. Kevin Fouache - entr. Sylvain Pacheco - à 5 t
  4. Guillaume Brasseur - entr. Romuald Foucher - à 6 t
  5. Nicolas Verne - entr. Michel Filiatre - à 8 t
  6. Vincent Lebreton - entr. Laurent Seyeux - à 8 t
  7. Axel Richiero - entr. Gilles Richiero - à 12 t

 

 

La seconde manche sera empreintée par la supériorité d' Emilien Clère, qui, au contraire de son adversaire direct, semble avoir opté pour une certaine retenue. Par contre, derrière le Champenois, on ne se retient pas, et l'obtention de la quatrième place qualificative nous vaudra une superbe bataille entre l'épatant comingman Maxime Belair, Tanguy Dulac et Paul Thomas, la révélation de l'édition 2019. Enfin, c'est du moins ce que l'on a cru. Devant eux,   les prestations de deux autres "petits nouveaux",    Camille Batista, à l'battage tout à fait bluffant, et  Léo Bouvier, drivé avec maîtrise par l'ex-sprinteur Antoine Breton, monopolisaient l'attention. Ces trois-là n'ont pas attendu longtemps pour capter les fondamentaux de la discipline, à l'évidence. Pour les deux derniers nommés, ils confirment même, et au-delà, l'impression flatteuse laissée lors de la réunion de Dijon.

Derrière ce trio-maître, ça chahute à qui mieux-mieux, à ne pas y reconnaître ses petits. Le quidam en bord de piste (j'en suis) a vu la quatrième place qualificative revenir à Davy Romian à l'issue d'une belle lutte avec le local Paul Thomas. Il affirme sans l'ombre d'un doute avoir également vu par ailleurs Tanguy Dulac "à la cave". Erreur. Sur toute la ligne. C'est le prestidigitateur Alain Gaudillat , maître-ès rigidité posturale sur engin motorisé, expert tacticien à la rouerie byzantine, qui sortira du chapeau le quatrième homme, le champion de l'édition 2015, Antoine Gaudillat. Quant à Tanguy Dulac, auteur d'une entame brutale et d'un fameux duel avec Maxime Belair où tous  deux laisseront trop de forces,  il semblait s'être dissous au fil des tours. Eh bien il fait "au  meilleur temps du cinquième" le numéro 9 de la finale ! Stupeur dans l'enceinte, sauf pour le seul qui ait vu clair dans ce drôle de pastis : Maître Gaudillat, Deux ex machina du demi-fond, qui peut se lancer dans le music-hall après pareil numéro : succès garanti ! 

 

Deuxième manche qualificative - 90 tours

  1.  Emilien Clère - entr. François Toscano -  moy. 68.495 km/h 
  2. Leo Bouvier - entr. Antoine Breton - à 1 t
  3. Camille Batista - entr. Romuald Foucher - à 1 t
  4. Antoine Gaudillat - entr. Alain Gaudillat - à 3 t
  5. Tangy Dulac - entr. Jean-Michel Moiroud - à 4 t - 29' 100 (qualifié pour la finale) 
  6. Davy Romian - entr. Bernard Filiatre - à 5 t
  7. Paul Thomas - entr. Michel Meunier - à 5 t
  8. Maxime Belair - entr. Sylvain Pacheco - à 11 t 

 

A l'issue de ces manches qualificatives tout sauf anodines, les pronostiqueurs  se sont déjà fait une opinion : le podium est fait. Sur ce qu'ils ont montré cette matinée, les élus seront, et pas forcément dans l'ordre : Joseph Berlin-Semon, Emilien Clère et Léo Bouvier. Là encore, il y aura loin de la coupe aux lèvres... 

 

Sur le coup des 15 heures, ils avaient soif de revanche, Paul Thomas, le stayer, et Michel Meunier, le pilote. Alors ils ont mis tout leur coeur pour remporter cette petite finale, même si pour eux elle ne saura jamais constituer qu'une piètre "consolante".

 Mais pour se l'offrir, ils auront eu à lutter avec l'étonnant (j'ai déjà utilisé épatant) Maxime Belair, dont la posture sur la machine et la façon boulimique de "rentrer dans la moulure" me laissent à penser qu'on nous a cloné notre Emilien Clère. Ces deux-là nous auront régalés d'une belle lutte, longtemps arbitrée par l'ardent autant que juvénile Nicolas Verne, qui aura exposé de belles promesses en ce samedi de feu.  

 

Petite Finale sur 20 km 

 

  1.  Paul Thomas - A.C. Lyon Vaise - AURA - entr. Michel Meunier - les 20 kms en 16' 7" 7 - moy. 65.509 km/h
  2. Maxime Belair - Team Peltrax C.S.D. - IDFR -  entr. Sylvain Pacheco 
  3. Davy Romian - La-Roche-Sur-Yon Cyclisme - PDLL - entr. Bernard Filiatre
  4. Nicolas Verne - V.C. Villefranche en Beaujolais - AURA - . Michel Filiatre -
  5. Vincent Lebreton - V.S. St Michel Charles Christ - PDLL - entr. Laurent Seyeux
  6. Axel Richiero - E.S. St Martin d'Hères - AURA - entr. Gilles Richiero  

 

Voici venue l'heure de la finale. Sur le coup des 16 heures et demi, le vélodrome est écrasé par une chaleur tropicale (je suis en manque de qualificatif, j'ai pris le premier qui me venait à l'esprit, j'espère que ça vous conviendra). La tension habituelle précédant le lâcher des stayers est de ce fait comme mise entre parenthèses. Drôle d'atmosphère sur la ligne de départ, où campent dans l'ordre Tanguy Dulac, Guillaume Brasseur, Léo Bouvier, Antoine Gaudillat, Emilien Clère, Kevin Fouache, Joseh Berlin-Semon, Camille Batista et Christopher Gamez.

Avec une problématique protéiforme à méditer pour les observateurs : Joseph Berlin-Semon n'a t-il pas laissé trop de forces lors de son show matinal ? Emilien Clère va t-il reprendre la main et reconquérir ce titre qui le fuit depuis deux années ? Et quid de cette "nouvelle vague" menée par Léo Bouvier et Camille Batista ? Ne va t-elle pas "renverser la table" et bouter hors du jeu les deux têtes de gondole du demi-fond français ? Enfin, pourquoi faire litière des chances de Kevin Fouache et Christopher Gamez, capables de rafler  la mise à tout moment ?

 

A peine le temps d'exposer ces données qu' Emilien Clère nous aura déjà procuré un indice : le meilleur Emilien est de retour. C'est du moins ce que l'on  pense en le voyant passer comme en se jouant les quatre concurrents qui le précédaient. L'ardoisier a à peine eu le temps de faire basculer du panneau le chiffre 149 que déjà le Champenois s'est emparé du commandement. Et la violence de sa prise de pouvoir se traduit par une galerie de rictus (je n'emploie pas le mot masque, je l'ai banni de mon vocabulaire ne me demandez surtout pas pourquoi) de souffrance.  

 

L'échafaud est dressé par l'infernal tandem Toscano-Clère. Au onzième tour, les voilà déposant Antoine Gaudillat, puis éventant Guillaume Brasseur, déjà en souffrance, lui si brillant en matinée. Un tour plus loin, c'est à Tanguy Dulac et Chris Gamez de sentir le vent du boulet, avant que Camille Batista ne connaisse à son tour pareille infortune.

 

Rien ne semble devoir arrêter la tornade Toscano-Clère. Encore dix tours menés à une allure infernale, et c'est le double champion de France et la révélation Léo Bouvier qui paraissent devoir devenir bientôt leurs prochaines victimes. Avec un culot monstre, le Dijonnais tente au cours de cette course-panique de passer Joseph Berlin-Semon. Las, il devra vite baisser pavillon. Le double champion de France paraît décider à vendre sa peau le prix fort, même si les voyants sont pour lui au orange bien mûr. 45 tours sont révolus  et tout le monde sur la piste semble être au point de rupture. L'équipage Pacheco/Berlin-Semon flirte maintenant dangereusement avec  la côte d'alerte, tout tout comme le binôme Antoine Breton/Léo Bouvier qui paraît désormais marquer le pas après une entame flamboyante.  

 

Mais si ça tangue dangereusement derrière, ça godille fâcheusement devant désormais. D'un seul coup, la prise de distance avec le rouleau de la moto du triple champion de France se fait approximative, et à moins d'être sourd ou malentendant, on distingue désormais clairement une baisse de régime moteur au passage de la moto de François Toscano. Les deux compères viennent à buter maintenant en plus sur le tandem Fouache / Pacheco, s'installant dangereusement dans sa zone de remous. Vous pensez bien que  ce genre de "détails" ne pouvaient échapper à Marc Pacheco et Joseph Berlin-Semon, marqués désormais "à la culotte" par un tandem Foucher/Batista un tantinet menaçant.

 

Au soixante-treizième tour, alors qu'Antoine Gaudillat vient de mettre les pouces, le trio de tête s'est comme compacté. Neuf tours plus loin, Marc Pacheco juge le moment venu de porter l'estocade. L'intendance suit, dans la douleur, mais elle suit. Ce sera net et sans bavure, à la grande déception de Camille Batista et Romuald Foucher, qui n'auraient pas mieux demandé que de ramasser les morts au terme de l'escarmouche.  La lutte va se circonscrire désormais à deux équipages, Emilien Clère perdant peu à peu pied, jusqu'à se faire doubler par ses deux adversaires à cinquante-quatre tours de l'arrivée.  

 

Derrière l'équipage leader, Camille Batista et Romuald Foucher semblent attendre leur heure, avec toute la patience nécessaire. 

Une patience qui ne rime pas forcément avec prudence, tant le tandem orléanais semble époustouflant d'aisance et de maîtrise dans la conduite de sa course. De quoi donner des sueurs froides à la tête de la course. 

Pour chasser le doute, les deux hommes n'ont pas le choix : maintenir cette "course à l'étouffée" si bien engagée par Emilien Clère et François Toscano, et  ôter ainsi à leurs suiveurs toute velléité d'offensive. La vérité de la course sortira enfin à trente-quatre tours de la cloche. A ce moment, l'Orléanais perd clairement du terrain, centimètre après centimètre, sur le tandem  Pacheco/Berlin-Semon, pendant que Christopher Gamez joue à saute-moutons avec les coureurs qui le précèdent, dans une remontada époustouflante, à laquelle ne peut s'associer un Kevin Fouache qui aura laissé trop de forces au gré des tours dans des dépassements coûteux en énergie. 

Au 125ème tour, le double champion de France a enfin pris ses distances avec son suiveur. Camille Batista émarge désormais à un  demi-tour, alors qu' Emilien Clère semble retrouver des couleurs. 

Pendant les derniers tours, où donner de la tête ? Du côté de la lutte Batista/Gamez, le Francilien devenant menaçant, prêt à se saisir de la seconde place ? Ou du côté de l'accélération finale de Joseph Berlin-Semon, énorme d'abattage et de courage pour aller enfin doubler son rival à sept tours de l'arrivée, alors que Guillaume Brasseur, à bout de forces, chute dans la fin du virage ligne opposée ? 

Nous retiendrons de cette édition 2020 sa densité prometteuse, l'arrivée d'un contingent talentueux,  une dramaturgie que seul le demi-fond sait prodiguer, et la confirmation de la suprématie de Joseph Berlin-Semon sur le demi-fond français.

Il reste à ce dernier à conquérir de nouveaux horizons.

Chantier passionnant non ?  

 

 

FINALE sur 50 km (150 tours)

 

  1. Joseph Berlin-Semon - A.C. Bisontine - BFRC - entr. Marc Pacheco - moy. 67.672 km/h (*) moyenne pleine piste : 69.870 km/h
  2. Camille Batista - Guidon Chalettois - CEVL - entr. Romuald Foucher - à 1 t
  3. Christopher Gamez - Olympique C.V.O. - entr. Bernard Filiatre - à 1 t
  4. Kevin Fouache - La-Roche-Sur-Yon Cyclisme - PDLL - entr. Sylvain Pacheco - à 2 t
  5. Emilien Clère - U.V. Aube - GEST - entr. François Toscano - à 4 t
  6. Léo Bouvier - S.C.O. Dijon - BFRC - entr. Antoine Breton - à 7 t
  7. Tanguy Dulac - V.C. Villefranche en Beaujolais - entr. Jean-Michel Moiroud - à 16 t

Ab : Antoine Gaudillat - PAC 95 - IDFR - entr. Alain Gaudillat / Guillaume Brasseur - Madinia Bikers - entr. Michel Meunier

 

Patrick Police - pour STAYER FRANCE - le 15 Septembre 2020 - remerciements à Marc Pacheco 

 

Commenter cet article

Garnier Bruno 15/09/2020 08:46

Merci de ce récit épique, ce devait être passionnant. Bravo à tous les participants et organisateurs. Manque juste l'odeur des bécanes....

Meunier Michel 10/09/2020 03:19

Vive le 1/2 fond !

Meunier Michel 10/09/2020 03:08

Les Trophées Jean-Claude RUDE sortent de l'ordinaire et sont vraiment bien fait. Bravo à celui qui s'en est occupé !

Dom 07/09/2020 18:42

Tu aurais les horaires ?

Meunier Michel 06/09/2020 20:11

Une belle journée en perspective, nul doute que ce championnat national sera un excellent cru. 16 engagés au départ, cela confirme une belle dynamique et le renouveau du demi-fond français.

À propos

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