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STAYER FRANCE  :  100 % demi-fond et derny - depuis 2005 au service du demi-fond et du derny

STAYER FRANCE : 100 % demi-fond et derny - depuis 2005 au service du demi-fond et du derny

STAYER FRANCE ex-STAYER FR est le blog du demi-fond et de l'association FRANCE DEMI-FOND. adresse mèl : fddf@dbmail.com page Facebook : @VANWOORDEN21

Publié le par Oscar de Ramassage
Publié dans : #PALMARES CHAMPIONNAT DU MONDE
CHAMPIONNAT DU MONDE  PROFESSIONNELS 1926

" Y' A UN BON DIEU POUR LES IVROGNES "

100 km derrière  motocyclettes - rouleau à 0.60 m

Jeudi 29 Juillet (qualifications) et Dimanche 1er Août (finale) - Turin - Motovelodromo - 393 m (béton)

 

Le tenant du titre, le Français Robert Grassin, retenu par sa tournée aux Etats-Unis, ne défendra pas son titre. Mais un autre Français, Henri Bréau est venu - à ses frais -

participer à ce championnat. Il montera une machine équipée du démultiplicateur De Rossi, utilisé avec succès pour son record de l'heure établi quelques mois plus tôt sur l'autodrome de Montlhéry.

Les forfaits du Français Georges Paillard, de l'Italien Angelo Vay, du Suisse Piccolo Luppi, du Hollandais Jan Snoek et du Hongrois Baniczy ont déterminé les commissaires à ne qualifier que les deux premiers de chaque manche et le meilleur troisième qualifié. On annonce également les semaines précédentes le forfait de Victor Linart... encore une ruse du "Sioux de Floreffe" ?

 

 QUALIFICATIONS (disputées en soirée)

 1ère manche

  1. Victor Linart (BEL) - entr. Arthur Pasquier "Pasquier aîné"(FRA)  - les 100 km en 1 h 24' 20" (moy. 70.308 km/h)
  2. Henri Breau (FRA)- entr. Marcel Besson  - à 3 t
  3. John Schlebaum (P-B) - entr. Raymond Massicot (FRA) – à 4 t

     

  4. Karl Saldow (ALL) - entr. Christian Jungerburth - à 4 t et demi

N.C. : Leopoldo Toricelli (ITA) - entr. Rody Lehmann (CH).  (ab.) au 25ème km

La course : La première série a été facilement remportée par le belge Linart.

Torricelli, qui avait pris le commandement, mena pendant une cinquantaine de tours, mais Linart et Saldow le pressèrent et au 75ème tour, l’Allemand surprît Torricelli qui a ensuite été rejoint et dépassé par Linart.

Puis le champion italien a abandonné la course. Linart, poursuivant à un rythme très rapide, rejoignit également le champion d'Allemagne Saldow. Finalement, ce dernier  dût céder la deuxième place à Bréau.

Une incompréhension de la signalisation du temps à la ligne d’arrivée a fait perdre la troisième place à Saldow, erreur dont s'est empressé de profiter Schlebaum, qui le dépassa, l'excluant ainsi de la finale alors qu'il était troisième au moment où Linart achevait sa course, lui coupant son effort.

 

2ème manche

  1. Gustave Ganay (FRA) - entr. Ernest Pasquier "Pasquier Jeune"  - les 100 km en 1 h 24' 24" 1/5 (moy. 71.366 km/h) 
    Gustave Ganay

     

  2. Paul Suter (CH) - entr. Daniel Lavalade (FRA)  - à 15 m
  3. Walter Sawall (ALL) - entr. Werner Krüger - à 200 m

 N.C :  Camillo  Arduino (ITA) au 18ème tour  - entr. Marius Naso (FRA)  (ab.) 

La course :  La deuxième série a été plus serrée. Ganay, P. Suter et Sawall se sont disputés les deux places qualificatives en restant très proches les uns les autres, tandis qu’Arduino lui restait en arrière. L’italien, dès le début irrémédiablement distancé, est pratiquement éliminé. Le public est déçu, comprenant qu'aucun des siens ne sera représenté en finale. 

Sawall quant à lui s'est emparé du commandement de la course. Après 88 tours, il tente même  de dépasser Ganay mais échoue dans son assaut, Suter récupérant la seconde place. Pourtant,  il revient vigoureusement à la charge aux 90 kilomètres, ce qui oblige Ganay anecdotiquement à accélérer.

La victoire reste cependant au champion de France qui d'ailleurs, réalise  un temps meilleur que celui de Victor Linart. Dès lors, la finale s'annonce indécise, tant les deux champions paraissent de valeur égale.

Sawall a réalisé le tour le plus rapide :  17"3/5 (moyenne 80.496 km). Pas de doute l'Allemand est un grand stayer en devenir. 

 

 FINALE 

  1. Victor Linart (BEL) - entr. Arthur Pasquier "Pasquier aîné" (FRA)  - les 100 km en 1 h 24' 20" (moy. 71.280 km/h) 

     

  2. Gustave Ganay (FRA) - entr. Ernest Pasquier "Pasquier jeune" - à 350 m (1 h 24' 35" 1/5)
  3. Paul Suter (CH) - entr. Daniel Lavalade (FRA) - à 2 t  ( 1h 25'10'')
  4. Henri Breau (FRA)- entr. Marcel Besson - à 3 t  (1 h 25' 31" 2/5)

N.C. : John Schlebaum (P-B) - entr. Raymond  Massicot (FRA) entr. de réserve Moro  suite à une panne moto (ab.)

  • Inexplicablement, les commissaires écartent Walter Sawall, qui, troisième comme Schlebaum de sa série, a pourtant réalisé un meilleur temps. Le stayer germanique saura dans les futures éditions faire justice de cette décision injustifiable.  

La course : Température torride et recette aux guichets décevante (45 000 lires seulement pour un évènement de cette ampleur...). 

Les deux favoris Victor Linart et Gustave Ganay sont placés sur la ligne de départ, respectivement en première et quatrième position, en vertu d'un tirage au sort qui aura un rôle déterminant pour la suite des évènements. 

Ganay tarde inexplicablement à trouver son rythme de croisière ? Linart  lui donne  immédiatement la chasse pour le rattraper et le dépasser, et très vite il se rapproche à trente mètres de son rival ! Au 13ème tour, Suter dépasse Schlebaum et s'empare de  la deuxième place. La course durant, le champion helvétique il s'attachera obstinément à conserver le contact avec le champion belge. 

Gustave Ganay, trop longtemps installé en dernière position, repousse enfin à partir du 30ème tour la menace Linart. Mais dix tours plus loin, "le Sioux" est revenu sur lui ! Peu après le 100ème tour, Suter va essayer de passer Linart, en vain. Même résultat pour une attaque portée par Breau sur Schlebaum, l'avant-dernier des cinq. 

La première tentative sérieuse de Ganay pour regagner le terrain perdu a   lieu au 128ème tour. Là, sous la poussée de la foule qui l'encourage frénétiquement, il produit une accélération sensationnelle, mais à laquelle Linart répond du tac au tac. Au 142ème tour, Bréau passe enfin Schlebaum suite à un problème moto. Le Hollandais reste tout de même sur la piste, où il est pris en charge par l'entraîneur de réserve Moro. Peu après, il est repris par son entraîneur, mais la moto ne "carbure" pas et le champion néerlandais est contraint à l'abandon.

Au 150ème tour, Ganay   revient à un demi-tour du champion wallon sur une nouvelle poussée, mais Linart ne s'en laisse pas compter, et annule vite l'avantage. Linart, Suter, Breau et Ganay défilent dans une ronde frénétique. Au 180ème tour, "La Couleuvre" lance un nouvel assaut, mais bute sur Suter. La foule encourage les efforts du Marseillais et vingt-six tours plus loin, le champion marseillais parvient enfin à faire "sauter" le verrou Suter; mais avec l'implacable Linart toujours à ses trousses ! 

Et c'est désormais "le Sioux" qui passe à l'attaque, ayant débordé Suter, porté par les applaudissements de la foule. Ganay au 237ème tour,   repart pour une nouvelle fulgurance, effaçant en coup de vent  Breau et Suter, ce dernier jetant ses ultimes  forces dans les derniers tours. Au 242ème tour, Linart accélère une fois de plus pour tenter de revenir sur Ganay, mais ce dernier résiste obstinément. Le duel entre les deux hommes atteint une intensité extraordinaire, presque insoutenable. 

Mais le champion de France butera jusqu'à la fin de la course, malgré ses  accélérations obstinées, sur un Linart intraitable. Le coureur belge aura donc  pris la tête dès le  départ, pour ne jamais la céder pendant 100 kilomètres accomplis en intensité totale !

Epilogue : On  reprochera au champion de France une entrée en action tardive, mais il n'y avait pas grand chose à faire contre Linart qui, la course durant, a su conserver une "distance de sécurité" suffisante vis-à-vis de son grand rival. Il est clair que les deux hommes étaient "au-dessus du lot"

Gustave Ganay

Un mois plus tard, le champion de France trouvera la mort sur la piste du Parc des Princes (*  voir lien ci-dessous ma nouvelle "Dans 10 minutes, au petit virage) , non sans avoir pris sa revanche  quinze jours auparavant au vélodrome Buffalo - après une lutte homérique.  - attestant bien que les deux hommes étaient de valeur égale le jour du championnat du Monde, et que le positionnement sur la ligne de départ a joué ce jour-là un rôle certain.

Mais "Le Sioux" reste le maître absolu de la spécialité. L'inoxydable champion belge est salué par une presse unanime à célébrer son troisième titre mondial.    

En remportant son troisième titre de champion du Monde, il  égale le record du Français Georges Parent. Mais Laissons-lui la parole afin qu'il nous raconte "sa course" : 

" J'avais fait un excellent déjeuner arrosé de vins italiens capiteux deux heures avant la course. Un ami français vint me rejoindre et nous bûmes du Lacrima-Christi et de l'Asti-Spumante pendant une heure. Lorsque je me rendis au vélodrome, j'étais complètement ivre. Pour comble de guigne, les bersaglierei, nous empêchant d'entrer au vélodrome, je les insultais et fus conduit au poste.

Robert Coquelle vint me délivrer en me disant : "Dans trente minutes, le départ du championnat". Je m'étendis dans la cabine; il faisait une chaleur torride. J'étais en nage. Tout tournait autour de moi. Lorsqu'on m'appela au départ, je titubais. Mon entraîneur Arthur Pasquier me dit : Tu ne tiens pas debout, allons, dessoule-toi !" Je pris le rouleau de la moto, suivant aveuglément mon entraîneur, les yeux fixés sur  la barre de fer. L'air me fouettant le visage me réveilla. Parti en tête, je résistais à tous  les assauts de mes adversaires, du petit Ganay surtout, qui était le plus entreprenant [...]

Pasquier rentra au quartier des coureurs en grognant : "Décidemment, il y a un bon Dieu pour les ivrognes !"  Je fus le premier à en rire. "

Sources :

  • Le Miroir des Sports, L'Intransigeant, Le Journal, Paris-Soir, Le Petit Parisien, Le Petit Journal, La Liberté, l'Auto, La Pédale; Correra della siera; L'Echo des Sports;   La Stampa; apport documentaire de Giancarlo Gavazza
  • Livres : "Champions dans la coulisse" de Gaston Bénac;  "De memwars van de wieltjesjuiger" de René Marteleur
  • sites internet : https://arkt.space/en/almost-100-years-of-motovelodromo-fausto-coppi/ Mémoire du Cyclisme

Patrick Police et François Bonnin,

pour STAYER FRANCE

 

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M
Une belle époque du demi-fond avec les rouleaux à 0,60 ! Mais le demi-fond moderne d'aujourd'hui n'a rien à envier à cette époque si l'on en juge la qualité des qualifs et devla finale des Europes 2022 : que c'était beau !
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