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STAYER FRANCE  :  100 % demi-fond et derny - depuis 2005 au service du demi-fond et du derny

STAYER FRANCE : 100 % demi-fond et derny - depuis 2005 au service du demi-fond et du derny

STAYER FRANCE ex-STAYER FR est le blog du demi-fond et de l'association FRANCE DEMI-FOND. adresse mèl : fddf@dbmail.com page Facebook : @VANWOORDEN21

Publié le par Oscar de Ramassage
Publié dans : #LES INTERVIEWS DU DEMI FOND

C'est un des plus passionnant et sincère interview que j'ai eu à réaliser depuis quinze années où je pratique cet exercice pour STAYER FRANCE.

A mes yeux, il a été le plus beau "tourneur de pattes" que j'aie vu sur le bois d'un vélodrome et je ne suis pas près d'oublier ces ronds vertigineux au sommet des falaises du vélodrome national, une démonstration d'élégance et de puissance quasi-mécanique, qui nous avaient laissés bouche bée en bord de piste.

Je rapatrie donc de l'ancien site STAYER FR ce grand moment de passion pistière.

 

Patrick Police, pour STAYER FRANCE

le 16 Janvier 2022  

INTERVIEW de Patrick KOS, le stayer à la gueule d’ange

Patrick Kos - photo Frank Hammerschmidt

 

STAYER FR : « Patrick, tu es né le 21 Septembre 1986 à Alkmaar, c’est bien ça ? Et Patrick, comme ça, sec, tout court ?  »

Patrick KOS :   « Exact. Patrick, c’est le seul prénom qui figure sur mon passeport »    

STAYER FR :   « Des frères, des soeurs ?” (vous me voyez venir …) Marié ou célibataire ?”

Patrick KOS : « Deux frères puînés : Christian et Michael. Christian a vingt-huit ans depuis le 2 de ce mois. Il est également stayer, mais lui encore en activité. Michael aura quant à lui 25 ans le 25 Décembre; il a couru quelques années, mais il n’est pas “mordu” de vélo autant que Christian et moi. Côté coeur, je vis avec ma petite amie Hanna, vingt-neuf ans, et nous n’avons pas encore d’enfant  »

STAYER FR : « Figures-toi que je connais bien la piste d’Alkmaar, ainsi que ses environs ; est-ce que tu ne serais pas du coin par hasard ? »

Patrick KOS : « Si. D’ailleurs, depuis l’an dernier, nous avons acquis une maison à Bergen, une petite ville située tout près d’Alkmaar, et plus proche de la côte »

STAYER FR : «  En luttant sur la toile, j’ai réussi à produire un embryon de liste des équipes que tu as fréquentées. Si tu pouvais me donner un coup de main et la compléter … : 

1999 - 2004  Alcmaria Victrix                 (Hollande)

2005             Diametal - Colnago NHT   (Belgique)

2006             Löwik Meubelen CT           (Hollande)

2007             Ruiter Dakkapellen            (Hollande)

2008 - 2010  Koga Cycling Team            (Hollande)

2011             Casati – Named                  (Italie)

2012             Affinity Cycles                    (USA)

2013             D3 Devo                             (USA)

2014 - 2015 Airgas CT                            (USA)

2016            WV Noord-Holland            (Hollande)

2017 - 2018 Theo Schilder MTB Team   (Hollande)

… Merci Patrick ( les Patrick sont souvent des gars formidables en général, vous remarquerez…)

STAYER FR : « Nous allons rentrer dans le vif du sujet : je suppose que le demi-fond a été pour toi tout d’abord comme « une affaire de famille », n’est-ce-pas ? L’exemple de ton père a dû jouer pour beaucoup dans ta décision de devenir stayer ? »

Patrick KOS : «  Oh oui, ça a été un facteur très important dans ma prise de décision. Mon père a été champion du Monde de demi-fond en 1981 (à Brno, alors en Tchécoslovaquie)

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René Kos derrière Bruno Walrave

et son maillot - toujours exposé dans la maison familiale – était devenu comme une source d’inspiration pour mon frère et moi. Les années précédant mes débuts de stayer, mon père a obtenu sa licence d’entraîneur, et commençait à entraîner des coureurs hollandais et à faire quelques compétitions en Allemagne. C’est à ce moment que mon frère et moi avons commencé à penser à s’essayer un jour au demi-fond. Et peu après je faisais mes  premiers pas sur la piste d’ d’Hulshout, en Belgique, à la fin de l’été 2010. Bien que ça n’ait pas trop  bien marché pour moi ce jour-là, j’ai tout de suite aimé. Et quelques semaines plus tard, je remportais mon premier titre national… et  c’était parti ! »

STAYER FR : « Veux-tu bien évoquer un peu pour STAYER FR tes débuts de pistard ? Ça ne se serait pas passé du côté d’Alkmaar par hasard ? (vous avez remarqué comme je suis taquin …)»

Patrick KOS : «  Mon premier contact avec le sport même s’est passé à Alkmaar. Dans les années 2000, il y avait encore beaucoup de courses de demi-fond sur la piste d’ Alkmaar. Les Championnats d’Europe de la spécialité ont même été organisés plusieurs fois sur “notre” piste. Et évidemment j’ai été vite intrigué par la vitesse ainsi que  les aspects techniques et tactiques de la discipline, mais à l’époque, j’étais principalement routier. A côté de cela, les courses de demi-fond avaient cette image de spécialité pour “vieux” coureurs, donc destinées à des coursiers en fin de carrière (routière). Et ça m’a donc pris quelques années pour me décider finalement à entrer dans le circuit »

STAYER FR  : «  Donc tu as commencé par être un routier avant de tâter de la piste ? »

Patrick KOS : «  En fait, j’ai débuté par les deux, la route et la piste. Avec un vélodrome si proche de la maison, c’était une sorte d’évidence, et j’ai couru dans les catégories de jeunes indifféremment sur route et sur piste. Ce n’était pas seulement un bon entraînement, la piste m’a permis d’acquérir de l’habilité et un bagage technique. D’ailleurs, pendant toute ma carrière, j’ai toujours combiné les deux disciplines. La course sur piste est parfaite pour un routier, avec les qualités de souplesse, de technicité et d’adresse qu’elle t’apporte  » 

Patrick Kos, derrière le paternel

STAYER FR : « Tu as tenu un compte précis de tes victoires, tant sur route que sur piste ? »

Patrick KOS : «  J’ai remporté beaucoup de courses, tant sur route que sur piste. Durant ma carrière de routier, j’ai été victorieux dans nombre de critériums, de courses sur route classiques, et dans des étapes d’épreuves disputées à travers le monde (Afrique, Amérique du Sud …) Un de mes plus chouettes souvenirs restera mes deux victoires d’étape au Tour du Cameroun. Sur la piste, j’ai remporté dix titres nationaux et internationaux, dans des disciplines aussi différentes que la course aux points et le demi-fond. En demi-fond, je ne connais pas le nombre exact de mes gagnes.  A côté des titres remportés en qualité de stayer, j’ai aussi des  podiums à faire valoir (une trentaine), si on tient compte des contre-la-montre que j’ai disputés.  Et un seul titre international, celui de champion d’Europe des stayers, remporté à Nuremberg. Dans cette compétition, j’ai eu droit à toutes les couleurs de médaille. Il n’y a que dans les deux dernières éditions où je ne suis  pas monté sur le podium, tu sauras bientôt pourquoi…  »

STAYER FR : «  Pourquoi abandonnes-tu la compétition, alors qu’à l’évidence tu restes hautement compétitif et en capacité de remporter d’autres titres, notamment dans la discipline qui nous occupe ?  »

Patrick KOS : « La raison principale est que je travaille à plein temps depuis maintenant trois années. Ce n’est pas un problème pour obtenir des disponibilités de la part de mon patron - au contraire - je suis certain que si tu lui demandais, il préférerait me voir encore courir, mais la compétition c’est trop prenant. Pendant la semaine, je voyage déjà pour mon travail, et le temps disponible pour s’entraîner n’est pas suffisant. Et puis, être éloigné de la maison chaque week-end commençait à me peser. 

Patrick Kos derrière Jan-Willem Fack

Et puis les deux dernières années de compétition ont été pour moi, il faut bien le dire, plutôt déprimantes. Le monde du demi-fond est vraiment un monde à part; ça n’a pas été ma tasse de thé, et ça ne l’a jamais été en fait. C’est que dans les courses de stayers, l’aspect tactique et les relations avec les autres coureurs sont  importantes pour l’obtention d’un bon résultat. Le rôle des autres coureurs est un facteur énorme. J’étais accoutumé aux courses sur route, où le facteur primordial pour chercher la gagne sont  toi et les décisions que tu prends en course. Dans la plupart des courses de demi-fond,  ce sera le plus malin qui gagnera, pas toujours le plus fort. Je n’ai jamais accepté cela, et évidemment, ça a toujours eu un lourd impact négatif sur mon plaisir à pratique la spécialité.  Sur ma forme et sur mon talent, j’avais encore du chemin à faire en demi-fond, et des bons résultats à aller chercher encore. Mais avec ma baisse de forme des deux dernières années, ça devenait de plus compliqué, et tu as là l’explication à ma décision de quitter la compétition. Cette décision je l’ai en fait prise dès 2016, lors des championnats d’Europe disputés à St Quentin en Yvelines. Là, j’ai encaissé une terrible déception, et la confirmation du malaise décrit plus haut. L’année d’après,  j’ai continué à courir, mais le plaisir s’était envolé »

STAYER FR : « Que vas –tu faire maintenant ? Des regrets sinon ? Continueras-tu quand même à courir un peu, ou entreprendras-tu quelque chose de complètement différent ? »  

Patrick KOS : «  Jusqu’à maintenant, aucun regret, mais je n’ai pas encore le recul suffisant pour en avoir. J’ai à me concentrer sur mon boulot et à y réussir. Ça fait du bien de dépenser son énergie dans quelque chose d’autre, et de tâcher d’y réussir. Côté vélo, je me mettrai au  moutainbike. J’ai participé à pas mal de courses sur plage ces derniers hivers avec mon équipe (40 à 50 kilomètres sur le sable, une sorte de moutain bike sur plages en somme), et ça me plait beaucoup. Là, ce sont toujours les coureurs les plus forts qui gagnent. Cet été j’irai faire quelques courses MTB en Belgique et en Allemagne, dans la perspective  d’un stage que j’effectuerai en Afrique du Sud en Octobre, au Cap. Au terme de la saison, je déciderai si en 2019 je continue ou non ce type de courses, ou si je les poursuis, mais cette fois  ce sera juste pour mon plaisir »  

STAYER FR : «  Le frisson de la compétition ne te manquera donc pas ? Oubliées les poussées d’adrénaline, les accélérations forcenées derrière la moto, le bois de la piste d’Alkmaar ? »  

Patrick KOS : «  Ce qui me manquera, ce sera la joie de courir, le fait de donner tout ce que tu as pour une course dont tu as fait le but de ta saison, mais sûrement pas le côté tactique. Mettre toute la somme de travail d’une saison d’entraînement dans une explosion d’énergie, se battre pour la gagne, pour que toute cette somme de sacrifices vaille la peine, ça oui, ça me manquera. Et bien sûr, la survitesse dans les attaques, la grosse poussée d’adrénaline quand tu « voles » littéralement et que tu dépasses plein gaz tes adversaires, évidemment que ça me manquera… »

STAYER FR : « Je vais en profiter du coup pour te faire égrener les souvenirs, même ceux qui font mal … Puisque tu te prêtes tellement bien au jeu, ce serait une faute de ma part de ne pas te poser la question. Je voudrais tellement savoir ce qui s’est passé en 2016 lors du championnat d’Europe disputé à Saint Quentin en Yvelines. Tu semblais si fort lors des « warm-up » les jours avant la finale. Je t’observais après que tu aies quitté la course lors de la finale : tu étais mutique, comme absent. Qu’avais-tu à l’esprit dans ce moment si spécial ? »  

Championnat d' Europe 2016

Patrick KOS : « C’est peut-être la plus grosse déception de ma carrière... Ça devait être la course à l’issue de laquelle je me serais retiré, fort d’un nouveau titre de champion d’Europe, mais ça ne s’est vraiment pas passé ainsi. Pourtant, la piste me convenait à la perfection, comme celle d’Alkmaar. Mon adversaire principal, Schäfer, était le type de stayer plus efficient sur les pistes en ciment, et moi j’aurais été meilleur rouleur que lui, compte tenu du braquet plus petit qu’exigeait le parquet. Dans la série qualificative, qui s’est déroulée  à la perfection, j’avais  convenu avec mon entraîneur de rouler à bon rythme pour bien transpirer et évacuer les fatigues du voyage en voiture. Et nous gagnons facilement notre série.

Pour la finale, c’était clair dans ma tête : je courrai uniquement pour la gagne. Je n’étais surtout pas venu pour faire second. Mon adversaire principal, c’était Schäfer, les autres ne comptaient pas à mes yeux. Mais au tirage au sort des positions de départ, j’ai hérité d’un mauvais numéro : résultat, deux des trois Allemands devant moi, et le troisième juste dans mes reins. Evidemment, nous savions que deux des trois Allemands étaient là uniquement pour courir contre moi. Pourtant, lorsque la course est partie, je me sentais bien. A peine quelques tours s’étaient écoulés que le troisième coureur allemand (Thomas Steger n.d. STAYER FR) est monté dans le virage et m’a passé sans coup férir. Nous avions été trop lents à réagir pour l’empêcher de passer : ça é été le début de la fin.  Le “troisième homme” allemand qui jouait son rôle de ralentisseur,  nous a forcé à attaquer pour le passer alors que Schäfer, qui entretemps avait pris la tête, était presque revenu sur moi. Il m’a fallu quelques tours pour  décider  mon entraîneur à doubler, mais là son accélération a été si violente que j’ai perdu le contact avec le rouleau.

Après ce revers, je décidais de quitter la course. Tous mes espoirs de victoire s’étaient envolés, et rappelles-toi que je n’étais venu que pour être champion d’Europe, et rien d’autre. J’ai donc quitté la course avec dans la tête mes rêves brisés, et tout ça au bout de quelques tours de piste. Beaucoup de gens sont venus à moi les jours qui ont suivis, me demandant pourquoi j’avais abandonné et n’avais même pas avoir cherché le podium. Mais j’insiste : pour cette course, je n’avais qu’un seul objectif, pour lequel tout s’est écroulé au bout de vingt tours de course. J’ai un mental de gagneur, je ne supporte pas la défaite, et pour moi, c’était la seule voie à suivre ce jour-là. La course a continué, et Schäfer a remporté le titre. Je pense - et je ne suis pas le seul à le penser -, que ce fut un des plus mornes  championnat d’Europe qui se soit disputé, une fois que j’aie quitté la course. La suite a été erratique, chaque concurrent restant  uniquement soucieux de défendre sa place. Schiewer prit la seconde place, en protection rapprochée de Schäfer, sans jamais rien tenter. Atzeni, troisième, ne tenta aucune attaque sur les coureurs allemands et protégea ainsi son podium. »

STAYER FR : « J’ai assisté lors du dernier championnat d’Europe dispute à Berlin au fantastique travail que tu as accompli pour faire exploser le barrage des coureurs allemands qui verrouillaient alors la course. C’était une attaque d’une violence inouïe, telle que j’en ai rarement vu jusque-là en bord de piste. Etait-ce juste une inspiration soudaine, ou bien un coup tactique mûrement réfléchi afin de  favoriser la course de ton compatriote  Reinier Honig ? »

Patrick KOS : « Décidemment, quand j’y repense, ces deux derniers championnats ont été mes plus grosses désillusions. Pour Saint-Quentin, c’était une désillusion évidente. Et Berlin 2017 a finalement été également une déception, bien que d’une nature différente. Après le championnat d’Europe 2016, j’étais fermement  décidé à ne plus y participer. Mais en Août  2017, mon père et les stayers hollandais Kaldenbach et Besteman m’ont presque supplié d’y venir une dernière fois, en me convainquant que je pourrais me retirer des compétitions après la course. Malgré le fait que je gardais en tête intact le souvenir de l’édition 2016, je me décidais finalement à donner un coup de main à mes compatriotes, avec la perspective de quitter les courses sur un bon souvenir, enfin.

J’étais loin de ma meilleure forme, et en dette d’entraînement. Pendant le week-end des Europe, je me suis pourtant senti sincèrement en bonne condition, bien que pas suffisamment pour espérer gagner : un podium au mieux, si tout se passait bien pendant le course. Dans ma série, je termine à la seconde place derrière Schäfer, sans trop me faire mal. Reinier Honig de son côté s’en tire bien également, bien qu’en souffrance pour tenir le rythme d’ Atzeni dans le final. Jeroen Kaldenbach  malheureusement ne put quant à lui se qualifier.

Nous voilà donc deux Hollandais pour la finale, contre trois Allemands. On se doutait bien que dans le camp allemand les rôles étaient distribués, et que Schäfer se mettrait maintenant au service de Schiewer pour l’aider à remporter le titre, le troisième coureur n’étant là que pour faire le sale boulot pour les deux autres. Je savais mes chances de victoire limitées, aussi me mis-je d’accord avec Reinier sachant que - tout en faisant ma course - si je pouvais l’aider, je le ferai, puisque son but à lui était de gagner.

Encore une fois, j’héritais d’une mauvaise place au départ, la pire, tout au bout de la file des coureurs. Dans le premier quart de la course, j’ai eu à me battre, de ma position de queue, avec les leaders allemands, jusqu’à ce qu’ils nous dépassent. Mon entraîneur et moi décidâmes alors d’attendre Schäfer, et de le forcer à nous passer, ceci afin de l’épuiser pour aider Reinier. Faisant ceci, je disais adieu à mes propres chances. Donc je fis avec Schäfer ce que j’avais fait avec Schiewer, et quand Reinier arriva, nous le laissâmes passer sans problèmes. Durant la course, nous nous sommes donc employés à fatiguer plusieurs fois Schiewer et Schäfer, de façon à augmenter les chances de Reinier. Hélas, à cause de l’inexpérience du pacemaker de Reinier, et aussi parce qu’il n’était pas suffisamment fort pour finir le job, il ne put battre Schiewer et achever ainsi la besogne à son avantage. Pour ma part, je terminais à la cinquième place, avec la conviction d’en avoir fait des tonnes pour mon camarade d’équipe. Je précise que quand l’entraîneur de Reinier le put, il m’aida aussi un peu en fin de course,  mais le podium était déjà loin à ce moment là. 

Juste après la course, la déception de Reinier était si grande qu’il nous blâma, moi et  mon entraîneur, en nous disant que nous ne l’avions pas aidé, alors qu’il était évident pour tout un chacun (je confirme n.d. STAYER FR)  que nous avions tout mis en oeuvre pour le supporter... Si j’avais d’autres championnats à disputer dans le futur, c’est clair que je ne le referais pas, je courrai juste pour moi, et c’est tout. »

STAYER FR :  « Notre moteur à nous, chez STAYER FR,  c’est le ressenti des compétiteurs, et leurs souvenirs. Maintenant que nous avons a évoqué les mauvais moments, on va pouvoir  parler des séquences de bonheur que tu as vécues. Au chapitre du demi-fond, le bonheur, ça a été ton titre de champion d’Europe, non ?  »

Patrick KOS : « Oui, ce championnat 2011 est certainement mon meilleur souvenir. Mon plus gros succès, et le couronnement  de ma pratique de stayer (puisqu’il n’y plus de championnat du Monde)... Et puis, tu peux toujours dire que tu as été un jour champion d’Europe.

Pourtant la course qui peut-être m’a apporté le plus de joie a été le  Grosser Pfingstpreis à Forst (Allemagne) en 2017. Elle marque toujours l’ouverture de la saison de demi-fond, et nous courrions ce jour-là devant deux à trois mille spectateurs, un public de connaisseurs. J’avais débuté mon entraînement seulement quelques semaines auparavant, et mes adversaires  étaient venus se faire confirmer par moi que les deux mille kilomètres affichés à mon Strava étaient bien sincères. Dans la première course, je n’étais nulle part, et les trois premiers (Schäfer, Atzeni and Schiewer) me prenaient tour après tour. A ce compte là, j’étais plutôt heureux de finir quatrième.  J’avais vu mes trois adversaires s’épuiser en s’attaquant tour à tour, alors que de mon côté je tournais à petit rythme, sans me faire mal.

La deuxième manche fut la répétition de la première, et de la bagarre entre les trois. Le premier à mettre les pouces fut Schiewer. Après une tentative de retour, il ne put tenir le rythme et soutenir les attaques incessantes. Nous voilà du coup remontés à la troisième position.

Et puis voilà Schäfer qui est victime d’une crevaison, et qui quitte la piste sur ces entrefaites. Au bout de quelques années interminables (sic) employées au changement de roue, le voici revenu sur la piste avec son pacemaker Peter Bäuerlein, mais pas dans la bonne position ! Ils devaient revenir à la seconde, et on les annonce premiers. Atzeni, qui était lui le leader de la course à ce moment, se cale alors un temps derrière Schäfer, et il ne lui faudra pas longtemps pour reprendre le commandement. Dans toute cette chienlit, je reviens peu à peu sur les deux hommes de tête. Dans les derniers tours, je conserve juste ma vitesse pour les passer tous les deux, remportant ainsi la seconde manche ! Mais ce n’est pas fini : les juges décident de replacer Schäfer en dernière position : me voici devenu  premier du classement général final !  Nous étions venu faire une bonne petite course, sans aucune ambition, et nous voilà de retour à la maison avec le bouquet du vainqueur. Cela reste probablement ma plus étrange victoire.

Pour la plus amusante, il faut la chercher du côté de Nüremberg, en  2013, je crois. La course se déroulait un mercredi, et le week-end précédent, je m’étais blessé le pied accidentellement en marchant pieds nus sur un éclat de verre.  J’avais quelques points de suture au pied après cet accident, et je devais marcher avec des béquilles. Dans la mesure où je n’avais que de bons souvenirs sur cette piste, je désirais vraiment  participer à la course, mais je me rendais parfaitement compte que le pari était risqué. Finalement, je testais mon pied un jour avant à travers une séance de roller. Le test avait été concluant, je me sentais bien : je décidais alors de participer à la course. Mon pied emballé dans des bandes de gaze, je ne sentais rien en pédalant, et ça se passait finalement pas trop mal.  Par contre, en marchant, je ressentais la douleur causée par la compression des points de suture de la plante de mon pied.  Je me suis donc rendu au départ avec mes béquilles, suis monté sur le vélo, et vogue la galère. Effet garanti sur le public ! Quant à la course elle-même, elle s’est finalement bien passée pour moi, la preuve j’ai terminé sur la troisième marche du podium, sur lequel je me suis rendu … avec mes béquilles ! Heureusement, ce genre de mésaventure ne m’est arrivée qu’une fois ! »

A Forst, les adieux

STAYER FR : « Tout compétiteur passe un jour ou l’autre par de mauvais moments, on vient de le voir. Dans ta pratique de stayer, racontes-nous le pire de ces moments »

Patrick KOS : « J’ai déjà évoqué mon pire souvenir en te racontant mon championnat d’Europe 2016, la plus grande déception de ma carrière. Mais je peux également la considérer avec satisfaction, et en retenir aussi pas mal de bons souvenirs. Si je devais tout de même rappeler un mauvais moment, ce pourrait bien être paradoxalement  l’après championnat d’Europe 2011, l’année où je remporte le titre. J’avais alors plusieurs contrats à respecter, et je voulais me montrer à l’Automne sous mon meilleur jour au public, ne serait-ce que pour lui prouver que j’étais bien le stayer numéro un. Hélas, la saison 2011 avait été longue, j’avais couru sur la route sans interruption dès le mois de Janvier en Italie, en disputant par exemple   Baby-Giro. Après ce programme routier, auquel s’est ajouté le championnat d’Europe de demi-fond, mon “réservoir” était vide, autant physiquement que mentalement. Et j’ai vraiment souffert dans les courses qui ont suivi le championnat d’Europe, au  Grosser Herbstpreis à Forst par exemple. Il m’était tout simplement impossible de figurer dans une condition acceptable, et je luttais pour des positions en milieu de groupe, au lieu de me battre pour la victoire.  Vraiment, cela a été une période très frustrante de ma carrière, mais comme j’avais le maillot bleu étoilé sur les épaules, ma déception en a été un peu atténuée… »

STAYER FR : «  Tu en as vu défiler des pacemakers durant ta carrière, non ? »

Patrick KOS : «  Pas tant que cela. Finalement, j’ai fait toute ma carrière derrière deux entraîneurs : mon père, René, et Willem Fack. A mes débuts en 2010, j’étais en quête d’un pacemaker pour faire les championnats des Pays-Bas. Comme tous les équipages étaient déjà constitués - certains depuis longtemps - j’ai dû me mettre en quête d’un entraîneur, et c’est comme cela que j’ai eu comme pacemaker Christian Dippel, l’un des meilleurs au monde, pour me driver pour le championnat. Mais quelques semaines avant la date fatidique,  voilà que Raymond Rol (un stayer longiline aux allures de rock-star, un des meilleurs stayers hollandais de la décennie) déclare qu’il ne participerait plus au championnat. Son entraîneur d’alors, Willem Fack, devenait ainsi à la recherche d’un coureur. Nous prîmes contact et immédiatement les choses se sont bien passés, et l’on s’est vite aperçus que nous constituions une bonne paire. Après notre victoire, nous avons continué à rouler ensemble, mais Willem n’était pas plus intéressé que cela à m’accompagner dans les “petites” courses durant la saison.

Avec l'interminable Jan-Willem Fack, une sacrée association

Il voulait seulement disputer les championnats, aussi j’ai dû me mettre en recherche d’un autre entraîneur. Mon père entraînait déjà depuis plusieurs années déjà, aussi cela n’a pas été difficile de nous associer. Depuis 2011, nous avons fait toutes les saisons ensemble, voyageant à travers l’Allemagne, la Suisse, la Belgique et la France. Nous avons gagné beaucoup ensemble, bien sûr on a eu quelques moments difficiles aussi, mais avec le recul, ça n’a été que du bonheur. Sinon, j’ai couru derrière Christian Dippel (Six-Jours de  Zürich, 2011), Thomas Bauer (Singen, en 2016) and Sam Mooij (Chemnitz, en 2015). Et je crois bien que le meilleur, puisque tu me le demandes, a été mon père, René. Au fond, lorsque nous avons débuté, nous étions tous deux assez inexpérimentés, et on est parti de zéro, ou presque. Mais on s’est amélioré d’année en année, jusqu’à rejoindre les meilleurs dans le petit monde des courses de demi-fond. Nous avons été tous les deux en harmonie, ce qui est vraiment le “must” pour un coureur. Mon père connaissait exactement mon potentiel, il savait ce que je pouvais faire en course, et – plus important – ce que je ne pouvais pas faire. »

STAYER FR : « En France, tout fini par des questions. Te rappelles-tu des coins où tu as couru dans notre beau pays ? »

Patrick KOS : «  Je n’ai pas beaucoup couru en France, et je le regrette. Seulement deux fois, sauf erreur : Paris (Saint Quentin en Yvelines) en 2016 et Le Blanc en 2017. Le “hic” c’est que les courses en France, ça  représente beaucoup d’heures de conduite au départ de la maison pour un coureur néerlandais. Trois ou quatre heures de route, et nous sommes rendus en Allemagne Occidentale. Mais lorsque nous prenons la direction de la France, au bout de ces mêmes trois-quatre heures, nous sommes encore en Belgique ! Mais la course au Blanc était vraiment sympathique, une chouette piste et une belle ambiance.  Après la course, le repas avec les bénévoles,  les sponsors et les coureurs, quand j’y repense, cela a été une des courses les plus sympathiques à laquelle j’ai participé. Si cela m’était possible, j’y retournerais avec plaisir (si en lisant cela Jean Claude Fillaud, le maître d’oeuvre de la réunion (cf. interview parue récemment sur STAYER FR) n’y va pas de sa petite larme, c’est à désespérer) »

STAYER FR : «  Enfin, un peu de philosophie à trois sous pour finir. Quel évènement ou quel sentiment privilègies-tu après toutes ces années passée sur les pistes et routes du monde entier ? »

Patrick KOS : «  Beaucoup de satisfaction, et je ne changerai rien. Le cyclisme m’a apporté beaucoup de savoir, et permis de vivre beaucoup d’expériences. J’ai voyagé  à travers le monde, rencontré beaucoup de gens formidables, et en course, j’ai toujours eu le soutien du public. Le cyclisme, il faut savoir que c’est 99% de déceptions. Il te demande tant de sacrifices mais le 1% qu’il te donne, ça en vaut la peine... Ce  1% aura été pour moi le championnat d’Europe de 2011, qui peut me faire considérer le chemin parcouru avec joie et satisfaction. »

 

BEDANKT Patrick. 

Je tiens à remercier tout particulièrement Patrick Kos pour sa disponibilité et son implication, et pour la qualité de sa collaboration cet interview.

Patrick KOS, c’est dix titres nationaux et internationaux :

Champion d’Europe des stayers 2011

6 titres de champion national des stayers : 2009, 2010, 2012, 2013, 2014 et 2015 (tous remportés avec Willem Fack)

champion des Pays-Bas junior course aux points 2003

champion des Pays-Bas junior course scratch 2004

champion des Pays-Bas 2005 par équipes

Patrick POLICE pour STAYER FRANCE

Interview réalisée en Juin 2018 et rapatriée du site STAYER FR le 16 Janvier 2022

 

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M
Je ne connaissais pas ce beau coureur, c'est fait ! Dommage que je n'ai pût le faire venir à Lyon...
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