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STAYER FRANCE  :  100 % demi-fond et derny - depuis 2005 au service du demi-fond et du derny

STAYER FRANCE : 100 % demi-fond et derny - depuis 2005 au service du demi-fond et du derny

STAYER FRANCE ex-STAYER FR est le blog du demi-fond et de l'association FRANCE DEMI-FOND. adresse mèl : fddf@dbmail.com page Facebook : @VANWOORDEN21

Publié le par Oscar de Ramassage
Publié dans : #PALMARES CHAMPIONNAT DU MONDE
CHAMPIONNAT DU MONDE   PROFESSIONNELS 1905

" WALTHOUR STRIKES AGAIN"

100 km derrière tandems à pétrole et motocyclettes

(grosses motos avec coupe-vent d'une hauteur comprise en 40 et 70 cm de hauteur, tandems )

Lundi 24 Juillet (prévue le 23, reportée pour cause de mauvais temps) - Anvers - piste de Zuremborg - 400 m (bois; ciment jusqu'en 1904) 

Le Grand Robert Walthour

 

Prix : 1000, 500 et 250 francs, médaille or, argent et vermeil

La course, prévue pour se dérouler le dimanche 23 aura finalement lieu - pour cause d'intempéries - le lendemain.

Une   polémique, déjà entamée quelques mois avant les championnats du Monde par la presse spécialisée qui voudrait voir les "petites motocyclettes" prendre la place des "grosses motocyclettes", pour des raisons de sécurité, va  s'amplifier suite à la décision de l'U.C.I. d'autoriser au Hollandais Dickentman l'utilisation de son volumineux tandem d'entraînement de 40 cv, dispensiateur d'un abri exagéré. La juste réclamation de Robert Walthour ne sera pas même examinée lors du congrès tenu le 22 à Anvers.

Nouvelle formule adoptée pour le départ des coureurs. Ces derniers sont disposés  deux par deux les  uns derrière les autres sur la ligne de départ, les motos devant les prendre postées derrière eux au bout de la ligne droite. 

 

 FINALE DIRECTE

  1. Robert "Bobbie" Walthour (E.U.A.) - entr. "Gussie" Lawson (E.U.A.) puis Franz Hoffmann (ALL) - les 100 km en 1h 18' 54"
  2. Paul Guignard (FRANCE) - entr. ...  Bertin (FRA) - à 5 t
  3. Piet Dickentman (P-B) - entr. ... ...  - à 7 t
  4. Willy Schmitter (ALL) - entr. ... ...  - à 14 t
  5. Yvan Goor (BEL) - entr. ... ...  - à 17 t
  6. Arthur Vanderstuyft (BEL) - entr. ... ...  - à 24t
  7. Louis Luyckens (BEL) - entr. ... ...  - x t

N.C : Thommy Hall (G-B) - entr. Franz Hoffmann (ALL) (ab. au 40 ème km); Peter Gunther - entr. ... ... (ALL) (ab. au 12ème km);  Anton Huber -(ALL) - entr. ... ... (ab.  vers la fin de course)  

La course : Seize heures : les coureurs et les teneurs sont alignés en deux lignes parallèles en retrait de la ligne de départ. Tous les coureurs portent un casque protecteur. 

La lutte va se circonscrire devant 6 000 spectateurs, entre trois protagonistes : l' Américain Walthour, tenant du titre et grandissime favori, le Hollandais Dickentman, outrageusement avantagé par son "tandem-wagon" de 40 cv, et le Français Paul Guignard. 

La prise des entraîneurs est fluide, malgré le nombre des concurrents en piste, et voit le Britannique Hall prendre la tête.

Pourtant, Dickentman et son tandem de 40 cv se détache bientôt irrésistiblement à un solide 75 km/h de croisière, malgré la résistance de Walthour, visiblement limité dans son action avec son 58 x 11 et par la puissance insuffisante  de l'engin d'entraînement loué à son arrivée en Europe. Au bout de vingt tours, Dickentman a pris un tour à l'Américain. 

Au cinquantième tour, Paul Guignard doit changer de machine suite à l'éclatement d'un pneumatique, et perd quatre tours sur l'incident. Pendant ce temps, Walthour lutte désespérément, faisant "voyager " au maximum Dickentman lors de chacun de ses dépassements. Mais il décolle finalement et perd un tour supplémentaire. Tommy Hall, qui souffre trop des séquelles d'une récente chute, va bientôt se retirer.  Ce sera le tournant de la course. 

Au 60ème kilomètre de course, le Hollandais assure le commandement, et rien ne parait en devoir le déloger.

Ici, laissons l'Américain décrire sa course : "J'avais remarqué que Piet Dickentman fléchissait toujours après avoir emballé  la course à 80 km/h. 

Dickentmann et son tandem-"wagon"

Du coup, Lawson, mon entraîneur, avait pour mission de coller au plus près du Hollandais afin de rester le plus longtemps dans son sillage, car je me savais limité par la puissance de la moto que nous avions loué à Paris. C'est en perdant encore un tour sur lui que je me suis mis à espérer qu'un concurrent quitte la course pour récupérer sa moto d'entraînement."

" Toujours à 80 à l'heure, en milieu ou haut de piste car la corde était encombrée, ( à un moment nous nous sommes retrouvés à huit (!) dans le virage) j'en étais de ces pensées lorsque je me mis à ralentir vers le quarantième kilomètre pour aborder Tommy Hall qui n'avait à ce moment plus aucune chance de gagner : 

Thommy Hall

- "Dites, Monsieur Hall, vous êtes hors du coup, non ? N'oublie pas      que tu es marié, et que tu as toutes les chances aujourd'hui de te casser      les reins dans ce bazar "

- "Et vous, vous avez bien une femme et quatre enfants, non ? Vous êtes bien fou aussi de courir ici non ?"  me répond-t-il "

- "Oui, mais moi je vais gagner ! "

Hall me rétorque alors : " Votre  moteur n'est pas assez      fort. Il vous  faudrait le mien." ... Et alors son entraîneur      Hoffmann de s'écrier : " 500 marks !" ...

"Entendu ! Prenez-moi dans quelques tours !" concluais-je.

"J'avais trois tours et demi de retard lorsque Hoffmann est venu      me "cueillir" . Et tout de suite, j'ai tourné à une seconde de      moins au tour. 

J'ai hurlé alors à Hoffmann en tombant sur l'équipage de Dickentman : "Attaquez ! Passez, coûte que coûte : je suivrai !" Résultat : trois tours au coude-à-coude avec Dickentman, pendant lesquels le public va faire trembler les tribunes. Ca vibre de partout, comme dans un tremblement de terre, avec  en plus Hoffmann qui me hurle : "Go Bobbie ! Go on Bobbie ! "

On est passé, et en moins de trois kilomètres, nous le doublerons à nouveau. Avant l'heure de course, au bout de laquelle on aura abattu 76 km 470, nous nous retrouvons en tête.

Nous n'aurons plus alors qu'à surveiller le Français Guignard, qui roule depuis le départ à une allure de métronome.

"Gussie" Lawson et Walthour à l'attaque

A vingt-cinq tours de la fin, c'est gagné, mais mes poignets me font souffrir maintenant. Mais au bout de mes efforts, ce sera le "Yankee Doodle", une ovation indescriptible, et plus tard, les télégrammes au pays.  Je ne me suis jamais senti aussi fort en course. Et voir le sourire suffisant du gros entraîneur allemand de Dickentman quand il nous dépassait en début de course m'a rendu fou, vraiment "

" Je l'avais encore dit ce matin à Gussie Lawson : je peux battre Dickentman, et jamais on n'aurait dû l'autoriser à courir derrière ce tandem ! " 

La demi- heure de course : 38 km 660. Dans l'heure 76.470 km ont été parcourus. 15 minutes de moins que l'an dernier, "grosses" motos obligent... 

La presse ne tarit pas d'éloges sur le stayer américain : un "crack" "un vrai champion" " le stayer le plus extraordinaire jamais paru sur une piste ".

Le crack d'Atlanta restera à jamais un des plus grands stayers de tous les temps. Nul en son temps de gloire n'a jamais ergoté sur sa valeur exceptionnelle, reconnue par ses pairs et tous les observateurs du temps. Et sa légende s'est nourrie de ses fantastiques "pelles" auxquelles il aura miraculeusement survécu : 46 (!) fractures de la clavicule, 32 côtes brisées ou rebrisées, 8 chutes graves, 6 doigts écrasés, 60 cicatrices sur la tête...  Robert Walthour, un immense champion et un miraculé des pistes à une époque où la vie d'un stayer ne valait pas cher... 

 

Epilogue : Bien entendu, les autorités du cyclisme, choquées par la franchise des propos du champion américain, le convoqueront pour la blâmer. Et plus jamais la presse sportive ne se fera l'écho d'un pareil langage de vérité... 

Rien de nouveau sous le soleil donc, où les coureurs nous assomment à longueur d'interview de leurs déclarations "langue de bois"... 

 

Sources :

  • La Vie Au Grand Air; l'Auto; La Pédale; Le Figaro; Le Journal de la Jeunesse
  • Livre : "Life in the slipstream"  d'Andrew M. Homan 

Patrick Police, pour STAYER FRANCE

 

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