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STAYER FRANCE  :  100 % demi-fond et derny - depuis 2005 au service du demi-fond et du derny

STAYER FRANCE : 100 % demi-fond et derny - depuis 2005 au service du demi-fond et du derny

STAYER FRANCE ex-STAYER FR est le blog du demi-fond et de l'association FRANCE DEMI-FOND. adresse mèl : fddf@dbmail.com page Facebook : @VANWOORDEN21

Publié le par Oscar de Ramassage
Publié dans : #PALMARES CHAMPIONNAT DU MONDE
Nous voilà partis sur STAYER FRANCE dans un voyage à travers le temps, de la déclaration de guerre à la Libération.
Un feuilleton qui se prolongera jusqu'au Printemps 2023.
Bon voyage derrière le rouleau 
CHAMPIONNAT DU MONDE 1939
Le demi-fond va t-il s'arrêter avec la déclaration de guerre ?

 

Milan 1939 :la guerre, pour arrêter le bal des voyous

 

 

Samedi 26 et Dimanche 27 Août (séries) Mardi 29 Août, 20 h  (repêchages) - Jeudi 31 Août, 20 h (finale) - Milan - Vigorelli - L. 397.37 m; l. 7 m 50 (bois)  

 

Compte tenu des tensions internationales et de la mobilisation partielle, l'U.V.F. le Jeudi 24 Août demande aux coureurs français déjà sur place à Milan ( dont nos deux stayers Minardi et Wambst) de revenir en France.

Le lendemain, suite  aux pressions exercées par l'U.C.I. et la Fédération Cycliste Italienne, l'U.V.F. revient sur sa décision, la Fédération Italienne ayant donné toute garantie de retour au pays de nos ressortissants en cas d'alerte.  

Liste des engagés ( 4 engagés possibles dont 2 participants) : 

  • Italie : Eduardo Severgnini, Alfredo Bovet
  • Allemagne :  Erich Metze (tenant du titre), Walter Lohmann, Adolf Schoen, Toni Merkens.
  • Belgique : Willy Michaux, August Meuleman
  • Danemark : Mogens Danholt
  • Espagne : Alejandro Fombellida (*) 
  • France : Louis Minardi, Georges Wambst, Georges Paillard.
  • Luxembourg : Josy Krauss
  • Pays-Bas : Bosland, Wals, Bakker 
  • Suisse : Ludwig Hagmann, Henri Suter, Turel Wanzanried 

(*) Fombellida, suspendu par la commission sportive de l'U.V. espagnole, ne fera pas le déplacement à Milan. 

Minardi, Georges Wambst et le sprinteur Noblet embarquent pour Milan

Le stayer italien Eduardo Severgnini, honteusement floué l'année précédente est en droit de penser que son heure a enfin sonnée.  Le maillot arc-en-ciel, qu'il a effleuré en 1934 puis les deux saisons précédentes, paraît cette fois lui tendre ses manches avec cette édition organisée "à domicile". 

Sur le bois milanais, il tourne à 94 km/h et impressionne la galerie. Walter Lohmann, Erich Metze, et surtout Cornelius Wals, son tourmenteur de l'édition 1938, n'en perdent pas une miette...  

Pour cette édition 1939, Eduardo Severgnini pourra compter sur deux complices, face à ses adversaires en commande : le public, tout d'abord, qui ne devrait pas laisser sortir impunis les fauteurs des manoeuvres telles que celles dont Severgnini a été victime l'an précédent. Et sur le bois il pourra compter sur un "équipier". L'ex-routier de valeur Alfredo Bovet, converti depuis deux années au demi-fond. 

Du côté de la délégation germanique, la feuille de route sera calquée sur celle des éditions 1937 et 1938 ( mais a t-elle vraiment le choix ? ) A la manoeuvre le champion sortant Erich Metze et le brillant Walter Lohmann, assistés par leur suppôt, le Hollandais Wals.

Une même distribution pour les mêmes forfaits donc ? Oui. 

Et non. Car deux grains de sable (et le second aura la taille d'un roc) vont enrayer la machine... 

 

1ère série - samedi 26 Août (soirée) 

  1. Cornelius Wals (P-B) - entr. Joseph Kaeser - les 100 km en 1 h 23' 40" (moy. 70.038 km/h)
  2. Auguste Meuleman (BEL) - entr. Groslimond (CH) - à 100 m
  3. Alfredo Bovet (ITA) - entr. Bordoni - à 230 m
  4. Erich Metze (ALL) - entr. Maurice Ville (FRA) - à 3 t 

La course : Dans l'ordre de départ : Wals, Metze, Meuleman, Bovet.

La course va son train sans trop de chahut quand au 21ème tour, Bovet passe Meuleman puis sur la lancée, attaque vingt ours plus loin le champion du Monde sortant. Erich Metze fait le gros dos et l'Italien échoue à le "sauter". Pas découragé pour un sou, il s'emploie à secouer rudement le champion du Monde, deux tours plus loin. Ca ne suffit pas ? Alors il remet le couvert au 49ème, puis au 64ème tour ! Dans les tribunes, on accompagne chacun des assauts de l'ancien vainqueur de Milan- San Remo. On n'a pas vu passer les 30 kilomètres, exécutés en 25' 9".

Devant, Metze, revenu à 20 mètres de Meuleman, n'a plus qu'à attaquer le Belge avec énergie pour le doubler. Au lieu de cela, il "tamponne" sur lui, semblant vouloir l'utiliser comme point d'appui.  Pas de ça Lisette ! Bovet, de la troisième position, pousse sur Metze au 98ème tour et l'oblige à augmenter l'allure. Du coup les deux hommes  vont passer en injection pendant leur lutte Wals qui ouvrait la piste. Metze n'a toutefois rien cédé et au 40ème kilomètre les positions sont devenues les suivantes : Metze en tête,   Bovet à 40 mètres,  Wals à 200 et   Meuleman à 400. 

 

Alfredo Bovet, "la grinta" pour compagne, a "tombé" le champion du Monde Metze !

Bovet, insatiable, repart bientôt au combat. Cette fois, Maurice Ville monte dans le virage pour calmer l'enragé. En bord de piste les commissaires gesticulent et en tribunes une énorme bronca se fait entendre. Mais le pacemaker de Metze, imperméable à la honte, renouvelle à chaque poussée de l'Italien ses exactions, notamment lors d'un coude-à-coude de deux tours qui scandalise un public milanais en fureur, qui, ainsi provoqué,  sera porté à  incandescence 80 kilomètres durant.

Wals profite d'un temps mort pour charogner la seconde place et couvrir son compère, mais Bovet réagit vite et rapplique pour la 2 489ème fois sur les arrières de Metze. Peu après les 60 kilomètres de course, Bovet sort à nouveau de la tranchée et cette fois Metze, poussé sur Meuleman qui semble vouloir le freiner, paraît un peu  donner de la bande...

Dix bornes plus loin, Alfredo l'infatigable revient escagasser à nouveau Metze, jusqu'à le faire décoller... Le champion allemand réussit à parer le coup, mais cette fois, il paraît un peu "dans les cordes".

Au 80ème kilomètre, le public milanais, déjà chauffé à blanc par les vilénies de Maurice Ville, se met à conspuer Wals, dont les manoeuvres de freinage deviennent de plus en plus visibles.

Au 90ème kilomètre, les onze attaques d'un formidable Bovet, ont fini par émousser Metze, qui cette fois cède, saoûlé de coups, non sans que Maurice Ville, laissant là son coureur, accélère aux côtés de Bovet, l'obligeant même à décoller. Honte et scandale sur la piste ! 

La suite ? Elle est cousue de fil blanc. Le terrain a bien été dégagé pour un Wals en commande, à l'évidence. Car à  peine Bovet positionné en tête, le Hollandais,   se lance à dix tours de la fin dans un long sprint supersonique (pointé à 89.453 km/h). Il déloge ainsi sans trop de douleur l'héroïque admirable stayer transalpin, Meuleman l'imitant misérablement un peu plus tard  pour rapiner une seconde place  manquant de dignité, alors que derrière les trois hommes Metze achève sa course "à la godille" perdant tour sur tour. 

Alfredo Bovet aura stupéfié les observateurs par sa performance. Faire toucher les épaules dans une série qualificative à Erich Metze, le champion du Monde, est un véritable exploit pour cet ancien routier devenu stayer il y a trois saisons. 

Les temps de passage :  10 km 8' 48" 4/5 (Wals); 20 km 17' 2'' 3/5; 30 km 25' 9'  40 km 33' 19''; 50 km 41' 58'' ;  60 km 50'49''1/5 70 km 59' 25'' 4/5; 80 km 1h  8' 9'' ; 90 km 1h 17' 18'' (Metze);  100 km 1h 25' 40'' (Wals)

1000 lires d'amende pour Maurice Ville et Meuleman. Voici la "justice" rendue par les commissaires.

C'est peu en comparaison des préjudices causés à la course par ces individus. Suite à ces graves incidents, les officiels de    l'U.C.I.   viennent le lendemain avant le départ rappeler coureurs et entraîneurs au strict respect des règlements internationaux. Mises hors course ou suspensions longue durée devraient donc être de mise... 

 

 2ème série - dimanche 27 Août

  1. Walter Lohmann (ALL) - entr. Willy Hesslich - les 100 km en 1 h 18' 28" (moy. 76.452 km/h) 
  2. Mogens Danholt (DAN) - entr. - à 4 t 
    Mogens Danholt

     

  3. Josy Krauss (LUX) - entr. Ernest Pasquier - à 6 t
  4. Henri Suter (CH) - entr. - Paul Suter à 16 t

N.C. : Louis Minardi (FRA) - entr. Daniel Lavalade  (Ab.)

La course : Dans l'ordre : Danholt, Minardi, Krauss, Lohmann et Suter. Pendant dix tours, bataille de chiffonniers entre Minardi et Danholt pour l'obtention du commandement de la course. A quoi bon ? Le champion de France, blessé, n'est pas en mesure d'aller au bout de la course, et il le sait. 

Dès le 12ème kilomètre, Lohmann débouche de l'arrière et met les deux hommes d'accord. Vingt-deux tours auront suffi à l'Allemand pour  prendre la tête de la course. 

Aux cinquante kilomètres, réaction du champion de France qui, de sa quatrième position, déloge de la seconde  Danohlt alors que Lohmann lui continue d'écraser la ronde,  bouclant les 50 km en 38' 45" (moy. 77.419 km/h)

Louis Minardi, souffrant de la selle (une plaie "large comme la paume de la  main" paraît-il), quitte - comme on le craignait - la course au 55ème kilomètres, alors qu'il accusait déjà un retard de deux tours sur Lohmann. 

Avec sa démonstration et son chrono inférieur de 5 minutes à celui du vainqueur de la première série, le hiératique Walter Lohmann, impressionnant, devient favori de l'épreuve.  Le Danois Danholt a effectué quant à lui un parcours très régulier, tandis que le Luxembourgeois Krauss a  été handicapé  par le fonctionnement irrégulier de sa moto d'entraînement. Quant au "vieux" Heiri Suter, l'inoubliable crack routier de la décade précédente, il est apparu dépassé par les évènements et en le voyant accumuler les tours de retard, on a le coeur un peu serré en songeant au grand super-champion qu'il fût.  

Louis Minardi quant à lui renonce aux repêchages, à bout de souffrances sa blessure s'étant aggravée. Il déclare rentrer sur Paris par la ligne du Simplon dans la foulée. Quel gâchis... 

3ème série - dimanche 27 Août (soirée)

  1. Eduardo Severgnini - entr. Arthur Pasquier (FRA) - les 100 km en 1h 16’ 16’’ (moy. 78.671 km/h)
  2. Dirk-Jan Bosland (P-B) - entr. Fritz Wiersma - à 2 t
  3. Willy Michaux (BEL) - entr. Edward Luycken - à 6 t
  4. Georges Wambst (FRA) - entr. Henri Lallier - à 7 t

N.P. : Theo Heimann (CH) 

Eduardo Severgnini, en piste pour sa dernière chance

La course : Ordre de départ : Severgnini, Bosland, Wambst et Michaux.

Immédiatement, Wambst tente de "chiper" la seconde place au Hollandais, qui résiste par trois fois. Las, lors de sa quatrième attaque le stayer français est victime d'une crevaison.

Pendant ce temps, Severgnini tourne loin devant, à une allure supérieure. Revenu dans la course, Wambst, déjà doublé, n'aura dès lors de cesse que de le talonner.  Menant attaques sur attaques sur le champion italien, il ne fait que s'épuiser, et   Bosland et Michaux qui eux n'ont pas bougé pendant ces phases de course n'auront aucun mal à le "cueillir". Wambst, après avoir récupéré, repartira à l'assaut mais il devra capituler face à la résistance de Michaux et Bosland.  

Le Néerlandais Bosland, plus économe de ses forces et sans illusion sur ses chances de qualification directe, a réussi à rester dans le sillage du champion italien  une cinquantaine de kilomètres durant, ce qui constitue en soi une performance, compte tenu du rythme infernal adopté par Severgnini.   Mais vers le soixantième kilomètre, il dut capituler.

Force est de constater que le champion italien a réalisé un meilleur temps que ceux des vainqueurs des manches précédentes. Wals et Lohmann avaient en effet réalisé sept minutes et deux minutes et 12 secondes de plus que le Milanais au bout des cent kilomètres.

Severgnini, "poussé" longtemps par Wambst, a réalisé un cavalier seul parfait et  remporte avec une aisance magistrale sa série. A sa descente de machine, il déclare : « Cette fois, j’espère bien avoir le maillot ! »  Temps de passage de Severgnini : 10 km  8' 12 ''2/5; 20 km 15' 16'' 3/5; 30 km 22' 44'' 2/5 ; 40 km 30' 17'' ; 50 km 38' 3''2/5 ; 60 km 45'48''2/5; 80 km 1h 1' 15''; 90 km en 1h 8' 42'' 2/5.

Georges Wambst aura été le seul dans cette série à jouer sa chance à fond. Il annonce que le repêchage de Mardi sera probablement sa dernière course, et que l'heure de la retraite a pour lui a sonnée. Voire... 

 

Deux séries de repêchage sont prévues, au sortir desquelles seuls les vainqueurs seront qualifiés pour la finale. 

Si Metze se qualifie avec Bovet, la bataille s'annoncera impitoyable entre Severgnini/Bovet et Metze/Lohmann. Et si Wals, comme l'année précédente, joue le supplétif de l'équipe allemande, la finale risque fort d'être explosive... Mais l'explosion viendra d'ailleurs que de l'enceinte du Vigorelli...

 

1ère série

  • Erich Metze
  • Willy Michaux
  • Mogens Danholt
  • Josy Krauss
  • Dirk-Jan Bosland

2ème série 

  • August Meuleman
  • Georges Wambst
  • Alfredo Bovet
  • Heiri Suter

Hier 28 Août, seuls Meuleman et Suter parmi les coureurs de demi-fond ont décidé d'effectuer un entraînement léger au Vigorelli dans la matinée. Meuleman, Metze, Bovet et Bosland semblent les plus qualifiés pour remporter les deux repêchages et ainsi accéder à l'épreuve décisive. La réunion débutera à 20h30.

 

Le 29 Août, l'U.C.I. renvoie le championnat du Monde à une date ultérieure. Le rappel imminent des coureurs hollandais - présents dans toutes les finales (vitesse, poursuite, demi-fond) - aurait contribué à  cette prise de décision.

Les membres du bureau émettent le voeu que les championnats  " En raison des évènements politiques et de la mobilisation partielle, l'U.C.I. annule le 30 Août le championnat du Monde, qui est reporté. Les membres du Bureau émettent le voeu de voir le faire continuer fin Septembre à des dates fixées par la Fédération Italienne " 

 

La délégation française quant à elle se frotte les mains : son plus sûr espoir, le champion national Louis Minardi, qui a disputé l’éliminatoire les fesses en sang, et n’a pu ainsi tenir son rang se verra ainsi peut-être donner une seconde chance...

 

Le 10 Février 1940, l’U.C.I., en son congrès tenu à Milan, proclame que les championnats du Monde 1940 ne seront pas disputés. Seul le titre de vitesse amateurs est attribué, le tenant conservant le maillot jusqu'au prochain championnat. 

 
Eduardo Severgnini ne sera jamais champion du Monde.

 

Sources :

  • Le Miroir; l'Auto; Paris-Soir; l'Intransigeant; L'Echo d'Alger; Le Matin; Le Petit Journal; Le Petit Parisien
  • contribution Giancarlo Gavazza; La Stampa
  • contributions François Bonnin; Corriera de la Sera; Le Soir Bruxelles
  • contributions photos Guy Crasset
  • site internet Mémoire du Cyclisme
  • Livre " 100 jahre forster radrennbahn & Radsport in Forst" 

Patrick Police, pour STAYER FRANCE 

 

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M
Toute cette encyclopédie du demi-fond qui ne s'est pas perdue, bravo encore bravo
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D
Encore de la bien belle ouvrage !